ÉDITORIAL : « C’est cool, tes déguisements de manga! »

Tous ceux qui ont déjà été de prêt ou de loin relié à la mode japonaise ont déjà entendu cette phrase : j’aime tes déguisements de manga! Je porte une boucle dans mes cheveux? Je suis un manga. Je me teins les cheveux? Je porte des verres de contact de couleur? Je dois clairement être un manga.

Aussitôt qu’une personne affirme qu’elle aime la mode japonaise, l’association entre manga et culture japonaise se fait automatiquement. Même que pour certain, l’Asie n’est qu’une simple ville, que les habitants s’appellent les « asiateux » et qu’ils parlent tous le chinois. C’est bridé, c’est pareil.

Oui, il y a effectivement des gens qui font des « déguisements de mangas » et ça s’appelle du « Cosplay ». Dans leur cas, ils créent des costumes pour représenter fidèlement un personnage et porte leur costume dans des conventions d’anime. Plot twist ; je n’ai pratiquement jamais lu de manga de ma vie.

À me le faire dire plusieurs fois par semaine, j’en suis venu à me dire qu’il y avait clairement un manque de culture de la mode international à Québec. Mais surtout, un manque de division entre la mode, le style et les déguisements. Aussitôt que quelqu’un est un peu plus excentrique que la moyenne, la société lui fait comprendre qu’il devrait revenir dans le moule de la mode « normal ». La mode, au Québec, est utilisée comme un outil pour se conformer et non pour s’exprimer.

Pourquoi les gens ont-ils envie d’avoir un style excentrique, si c’est pour se faire ridiculiser ou questionner constamment?

La réponse est simple ; les communautés.

J’aimerais vous faire part de mon parcours, mais surtout de mon évolution à travers ces communautés de mode alternative. J’ai aperçu les décoras sur internet, il y a de cela 7 ou 8 ans. Leur esthétique m’attirait tout simplement. C’est alors que j’ai eu l’idée de m’inspirer de leur ensemble, de faire des recherches et d’apprendre à mieux les connaitre. Pour moi, ce n’était pas un déguisement, mais bien un style vestimentaire que j’adorais. Mes recherches m’ont alors jeté sur certain forum, dont Qc-Harajuku et la Rainbow-Team, qui était deux plateformes web regroupant des jeunes de Québec et de Montréal s’intéressant à la mode et à la culture japonaise. J’ai appris comment commander sur Internet et je me suis ouvert à d’autres styles, tel que le « lolita ».

Toutes ces recherches et ces découvertes m’ont amené jusqu’à Tokyo, où j’ai pu vivre la vie des « Harajuku Kids ». J’étais dans une société ouverte, cultivée et surtout, très artistique. Ce qui fait le plus mal, c’est le retour au pays. Le retour à la normalité, aux beiges, à la monotonie et au conservatisme.

C’est donc dans les communautés de mode alternatives que j’y ai trouvées ma place, ne sachant pas comment recréer le plaisir que j’avais éprouvé en étant ma propre œuvre d’art à Tokyo.

Le point négatif des communautés ; le détachement de la réalité et la désadaptation sociales.

Pour ce qui est du négatif, je crois m’en être bien sortie. Ce n’est pas le cas de tous les amateurs de mode japonaise, par contre.

Cette éducation stylistique m’a amené à m’ouvrir à l’univers de la mode et à vouloir inspirer les gens à être créatif. Pour plusieurs, l’univers (ou le lifestyle) prend tellement de place que la réalité n’a plus d’importance. Ce cloisonnement les pousse à devenir des êtres antisociables,  voir extrémistes. C’est malheureusement cette catégorie de personne qui donne une image aussi négative aux communautés de mode alternative.

Donc, la prochaine fois que vous verrez quelqu’un qui sort du lot :

  • Essayez simplement de ne pas l’associer à quelque chose que vous avez déjà vu. Les « lolitas » ne sont pas nécessairement des « poupées », les hipsters ne sont pas habillés comme « toutes les grands-mères » et les gothiques ne sont pas des « vampires ».
  • Apprenez à comprendre que votre sentiment est probablement de l’incompréhension et non du dégout.
  • Ne fixez pas, l‘excentrisme devrait faire partie du paysage, ne pas être poussé à l’écart. Le sentiment du «phénomène de cirque», c’est assez déplaisant.
  • Sachez que ces revendications vestimentaires ne sont pas la vérité absolue, mais que la vôtre non plus.
  • Si vous reconnaissez une inspiration japonaise, n’allez pas lui faire la remarque que c’est un manga. Les « lolitas » et les autres styles japonais DÉTESTENT cette association. Il n’y a pas grand-chose en commun entre les BD japonaises et l’univers de la mode asiatique.

Si vous avez des commentaires négatifs à lui faire, il y a toujours moyen de faire passer le message sans que cela ressemble à « ce n’est pas l’Halloween! » ou bien « beau déguisement! ». La discussion et les questions sont des outils incroyables pour s’ouvrir l’esprit à de nouvelles choses.

Comme on dit : vivre et laisser vivre.

Sur ce, si vous avez plus de questions sur l’univers de la mode alternative et des communautés, je (Criic Turcotte) donnerai une conférence sur le sujet à la convention G-Anime, à Gatineau en janvier prochain. Je parlerai des communautés existantes, des différents styles présents à Québec et de leur répercussion sur la mode du Québec. Pour plus d’informations sur la convention ; c’est par ICI.